Les bridges sont à la photo, ce qu’est le couteau suisse à l’outillage. Un objet au design particulier, qui regorge de possibilités d’usage pour lesquelles on va l’acheter. Sauf qu’au final, la majorité des acheteurs ne n’utilisera jamais pour autre chose que l’usage basique (dans le cas du couteau suisse : l’ouverture de bouteilles de bière et le coupage d’emballage). Dans le cas du bridge, on fait référence à la plage de zoom, parfois indécente sur la fiche produit, qui n’est réellement jamais exploitée.

Tout n’est qu’une question de moyens (techniques et financiers)

Certains crieront haut et fort que l’argent n’achète pas tout. Ouais, ce n’est pas faux, mais… le Qatar a réussi à avoir la coupe du monde de football non ? Enfin bref, pour l’industrie, c’est le cas. Ce qui est cher n’est pas forcément bon, mais ce qui est bon a de fortes chances d’être cher. Le prix moyen d’un bridge est de 400€ (et pour 400€, vous avez un bon bridge). Le RX10 coûte 1200€ (bon il est passé à 999€en streetprice depuis). C’est (presque) trois fois plus cher ! TROIS FOIS ! Et nous allons vous expliquer pourquoi 😀

_DSC1339Un appareil photo est un outil. Certes plus sympa à utiliser qu’un tournevis, mais il reste un objet servant à créer des choses… ou monter des meubles

couteau-multifonction-suisse-victorinox-swisschamp-rougeLe couteau suisse par excellence

En théorie, vouloir un tout en un efficace est impossible. Mais Sony n’a que faire de l’impossible, de l’insurmontable. La marque japonaise a déjà retourné le marché du compact, en faisant entrer dans une poche de jean un compact à capteur un pouce, et mettant ainsi une grosse claque fessée à la concurrence  ! La marque a également réussi à caser un capteur plein format dans un boitier de la taille du compact en question ( le fameux RX1 qui coûte 2500 billets tout de même). Alors faire un bon bridge n’était qu’une formalité non ? Et bien non ! C’était probablement la plus grande difficulté à surmonter. Et pour cause, un bridge se doit de proposer une grande amplitude de zoom dans un format réduit. Alors comment créer un zoom lumineux et performant, dans un volume réduit, avec un poids contenu et un capteur 4 fois plus grand que les autres appareils de la gamme ? Ah, ça rigole moins là hein ? Enfin bon, LA vraie question à se poser en voyant ce RX10 reste tout de même celle-ci : à choisir entre un reflex équipé d’un 18-200 mm stabilisé et ce RX10 : il faut prendre quoi ?

Sommaire du test :

Un design et une ergonomie de Reflex

Le reflex est un boitier qui permet de voir ce que l’objectif « voit », à travers un astucieux système de réflexion. C’est pour ça qu’on appelle ça un reflex.dslr1 Cet ensemble est ce qui explique le volume des reflex. Enlever le miroir et le prisme, et vous obtenez des boîtiers tout fins, compacts et très légers, qui sont également appelés en France les hybrides (et plus justement en anglais mirrorless).
Le RX10 pèse son poids : 590 grammes avec la batterie. 590 grammes qu’on ressent bien. Le volume est plutôt réduit, et l’objectif relativement compact. Oui relativement, car comme le disait ce gars qui tirait la langue quand on le prenait en photo : tout n’est qu’une question de référentiel. A titre de comparaison, le poids du zoom Tamron 18-270 mm stabilisé est de 550 grammes. On gagne donc le poids d’un boitier.

rx10-design-ok-19Déployé, l’appareil est assez long. En cas d’inactivité, le zoom se rétracte automatiquement

rx10-design-ok-4Le viseur électronique s’avère bien plus efficace la nuit qu’un viseur optique, mais il reste moins agréable

rx10-design-ok-3L‘écran inclinable est monté sur charnière. C’est bien construit mais la partie n’en reste pas moins exposée

rx10-design-ok-24L‘écran arrière est secondé d’un écran secondaire rétroéclairé comme sur les reflex, avec les indications classiques (ouverture, cadence, balance des blancs, vitesse, nombres de photos restantes, batterie)

DSC_0163La molette de réglage d’exposition (à gauche) tombe sous le pouce droit, permettant un changement rapide. Un très bon point, et très utile lorsqu’on est en mode priorité (ouverture ou vitesse)

rx10-design-ok-23La molette de sélection des modes met en avant les modes PASM classiques ainsi que deux modes définissables par l’utilisateur. Compte tenu de la cible de cet appareil, c’est un peu too much, mais comme on dit, qui peut le plus…

rx10-design-ok-11Le revêtement est assez étrange. Il fait très (trop?) plastique, un peu comme pour le Fuji X-E1. Dommage, ça jure avec le reste de la finition

rx10-design-ok-26une touche paramétrable « C » et la bague de contrôle du zoom façon compact au dessus de laquelle se trouve un déclencheur contenant un pas de vis (à l’ancienne) pratique pour y fixer une télécommande)

rx10-design-ok-12Vous voyez la fiche micro USB en bas de l’image, elle sert à la recharge de l’appareil. Pas de chargeur séparé et bonjour les risques de chutes. Pas malin. On voit également une entrée micro et une sortie HD

rx10-design-ok-27Le contrôle de l’autofocus possède 4 modes : les classiques « suivi » (l’AF suit le sujet), « simple », la mise au point est verrouillée en pressant le déclencheur à mi-course, et deux modes manuels. Le DMF permet un ajustement manuel en plus de l’autofocus

rx10-design-ok-22Deux micros sont intégrés pour un enregistrement stéréo. Il faudra éviter de respirer au dessus. L’idéal étant de brancher un micro externe

rx10-design-ok-10L‘écran LCD de 7,5 cm au format 4.3 et composé de 1 440 000 points n’est pas lisible en plein soleil, heureusement, le viseur est là et on préférera l’utiliser

P1010888L’affichage dans le viseur est entièrement paramétrable. On peut y ajouter des grilles de composition, l’heure, la date, les paramètres de réglage, tout y est. L’ensemble est parfaitement clair et lisible. On a également un aperçu direct du résultat (ici en noir et blanc) ce que ne permet pas un viseur optique

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Une Optique de Folie !

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Passons maintenant au plus gros point fort de cet appareil : son optique. Elle a été entièrement conçue par Carl Zeiss . Cette marque n’est pas simplement un nom allemand qui sonne deutsch qualitäte. Très présente dans le domaine médical, elle est également réputée comme la meilleure marque d’optique au monde. Pour faire simple : les optiques Zeiss sont extrêmement bien finies, ultra performantes et… chères. Pour vous donner une idée, leur nouvel objectif Otus 55mm f/1.4 coûtant la bagatelle de 3000€ (pour un objectif standard dont le premier prix déjà performant est à 100€) s’offre le luxe d’être le meilleur standard du monde (d’après des tests de mires).

rx10-design-ok-13Un logo très connu, qu’on retrouve sur les produits Sony et les mobiles Nokia

ndlr : ce n’est pas qu’une question de prix, ou de bon. Pour être assez fan des objectifs de la marque et m’en être servi un bon moment, ils offrent, en échange de gros compromis (poids élevé, pas d’autofocus),  un rendu très particulier : les couleurs, les flous, mais surtout les « micro contrastes » ces jonctions entre les formes sont très fins. L’ensemble offre donc une image très particulière, naturelle. Ces différences sont clairement visibles sur des tirages papier et lorsqu’on passe l’image en post-production.

La philosophie de Sony pour sa série RX est la recherche de la meilleure qualité d’image possible. Ce n’est pas une invention, c’est Kimio Maki, responsable de la gamme, qui l’a déclaré dans une interview.

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La taille d’un objectif dépend du capteur qu’il recouvre et de la lumière qu’il laisse passer. Le capteur 1 pouce du RX100II est quatre fois plus grand que les capteurs de bridges habituels. L’ouverture est importante et elle doit être la plus grande possible afin de recevoir une plus grande quantité de lumière et d’obtenir ces fameux flous d’arrière plan.

rx10-design-ok-15Vue d’ici, on croirait à un reflex. Mais l’objectif est bien fixe et d’ailleurs, n’aurait aucun intérêt à être amovible

Bref, tout ça cumulé a impliqué le développement d’une optique allant de 24 à 200 mm et ouvrant à f/2.8, le tout stabilisé grâce au déplacement des lentilles. Pour vous donner une idée, une telle optique pour un capteur plus grand comme un APS-C ou pire, un plein format, pèserait au moins une dizaine de kilos, et coûterait quelques milliers d’euros.

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Et la qualité est au rendez-vous. Elle est phénoménale ! De 24mm à 200mm. Et l’ouverture f/2.8 permet des effets de flou visuellement agréables.

DSC_0169A la mise en marche de l’appareil (ou à la sortie du mode veille), l’objectif s’étend pour se placer à 24mm

DSC_0168Les focales principales sont toutes graduées de 24 à 200 mm (sympa)

DSC_0179Il y a deux bagues paramétrables : l’une contrôle l’ouverture, l’autre la mise au point ou le zoom, au choix

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Qualité d’image : excellente mais…

Avez-vous déjà mis vos yeux dans des jumelles ? Vous constatez que les plans rapprochés ressemblent à des feuilles superposées les unes derrières les autres. C’est une conséquence optique lorsqu’on utilise une longue focale. Or, pour obtenir un maximum de flou d’arrière plan avec ce capteur, lorsqu’on veut capturer un portrait par exemple, il faut zoomer. Et en zoomant, on aplatit l’image. Donc les portraits ne sont clairement pas le fort de ce RX10.

Autre soucis : pour que la qualité d’image soit bonne, Zeiss a utilisé beaucoup de lentilles. Les lentilles sont en verre et le verre ça pèse lourd. Un tour chez IKEA vous convaincra plus qu’un long discours à ce sujet.
Résultat : l’autofocus est lent. Très lent globalement. Idem pour le zoom. La bague est électronique, donc il y a une latence entre le moment où vous tourner la bague de zoom, et le moment où l’objectif effectue le zoom. Passés ces points là, le reste est un pur bonheur. Mais voilà ce qui marque la réelle différence entre ce RX10 et un reflex. Un reflex permet de capturer l’instant plus rapidement, et l’autofocus, (en fonction du boitier reflex et de l’optique) est généralement plus rapide aussi.

Voici un comparatif de ce qu’on obtient en jouant avec la profondeur de champs (attention, c’est du grand art, vous êtes prévenus 🙂 ). Les photos sont prises à 200 mm avec, de gauche à droite, les ouvertures suivantes : f/2.8 – f/5.6 – f/8.0 – f/16.0

On termine avec une galerie d’images là encore à l’intérêt artistique discutable mais qui donne un aperçu du potentiel technique de l’appareil, notamment au niveau de la gestion du flou d’arrière plan ou de la dynamique.

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Les Menus

Les menus peuvent s’afficher en grille ou en liste.

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En tout cas pour le principal. On apprécie le menu en grille, et dans l’ensemble, on peut tout régler. Là encore, il faudra de la patience et acquérir certaines notions techniques pour tout paramétrer. Le RX10 se rapproche une fois de plus du reflex.

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Conclusion : soit trop, soit pas assez

Tout dans ce RX10 fait penser à un appareil expert : la prise en mains, l’ergonomie générale, les réglages, l’optique, imposante, à grande ouverture, le contrôle de l’ouverture via la bague comme sur les anciens objectifs, des réglages précis comme l’attribution de l’autofocus à une touche autre que le déclencheur (très pratique pour gagner en rapidité et netteté), ou encore la retouche du point (le fameux DMAF).
C’est ce qui lui permet de s’afficher clairement en face des reflex sur le plan tarifaire, et d’y gagner sur le plan pondéral.
Mais malheureusement, certains détails techniques, l’empêchent de se revendiquer comme leur égal. Des détails qui prennent de l’importance dès lors que la cible sort du photographe ponctuel, du photographe dont l’usage ne justifiera pas un tel investissement (n’oubliez pas, trois fois plus cher !). Ces détails sont le poids et la lenteur générale. Lenteur à faire le point, lenteur à zoomer, le B-A-BA de la capture d’image tout de même. Idem pour l’allumage. Mais le pire dans l’histoire, c’est que je ne vois pas, mais alors vraiment pas comment Sony aurait pu faire mieux que ça. On frôle avec les limites ds lois de l’optique et de la physique.
Enfin, l’ouverture à f/2.8 est certes géniale, surtout en étant constante sur une telle plage, mais ramenée à la taille du capteur, elle n’apporte pas beaucoup plus, en terme de profondeur de champs, qu’un 18-200 mm stabilisé Sigma par exemple (même si qualitativement, elle est bien meilleure que n’importe quel zoom à grande amplitude) monté sur un capteur APS-C.

Alors qu’est-ce qu’on fait ? Soit on ne veut pas se prendre la tête, et on se dit qu’on se perfectionnera, qu’on veut un vrai tout en un et on prend un RX10. Soit on réfléchis un peu et on regarde ce qu’on peut avoir pour 1200€. Et pour ce prix, on peut avoir un bon reflex entrée de gamme (pour info, les reflex entrée de gamme de 2014 ont des performances largement au niveau des reflex experts voir semi-pro de 2007), un objectif polyvalent à grande amplitude comme le 16-300mm stabilisé de Tamron (tout récemment annoncé et qui s’annonce aussi excellent que le dernier 150-600 mm de la marque). Et pour 100€, on peut même s’offrir un 50 mm f/1.8 fixe pour les portraits, photos nocturnes et faire « péter le bokeh ».

Donc non, le RX10 ne supplante pas un reflex. Si on gagne un peu en encombrement, on gagne également une flopée de contraintes dont l’obligation de charger l’appareil à même la prise, l’exposition général aux accidents (l’objectif se rétracte lorsqu’on laisse l’appareil en veille trop longtemps ce qui le fait frotter sur le plan sur lequel le RX10 est posé). C’est un excellent appareil par sa qualité d’image, son potentiel technique et la performance technologique accomplie. Mais pour faire des photos, c’est soit trop, soit pas assez.

note 06

Si vous avez eu la flemme de lire tout le test :

  • Le RX10 est trois fois plus cher que la moyenne des bridges
  • L’optique signée Zeiss est une prouesse optique…
  • … et une énorme performance technique
  • La qualité d’image achève tous les autres appareils bridges de la gamme
  • L’ensemble est lourd
  • L’optique se déploit lors de la mise sous tension
  • Le zoom permet un range phénoménale de 24 à 200 mm à ouverture f/2.8
  • Ne cherchez pas, 200 mm c’est le max nécessaire. SI vous avez vraiment besoin d’aller au delà, c’est que vous pratiquez une activité photo particulière et la qualité de ce qui est présent sur le marché en tout en un ne vous satisfera jamais
  • L’optique est lourde, car il y a beaucoup de verre dedans, et forcément ça pompe lorsque l’autofocus s’active. Résultat c’est lent
  • C’est également lent pour zoomer (latence entre l’appui et le mouvement de l’objectif)
  • La construction est solide mais le revêtement est dégueulasse désagréable
  • Pas de chargeur externe fourni, il faudra en acheter un ou relier tout l’appareil à la prise (1200 boules à porté du moindre pied qui se prendra dans le câble, c’est dangereux)
  • Le viseur électronique est très agréable, grand, précis, fluide
  • L’écran est inclinable et également bien pratique mais peu lisible en plein soleil (on s’en fout il y a un viseur)
  • La profondeur de champs reste conséquente en grand angle, limitant la possibilité de faire des portraits « doux » et bien modelés à 85 mm
  • A 200 mm à f/2.8 on a un beau flou d’arrière plan, mais la superposition du plan net lui donne un aspect 2D qui ne conviendra pas à toutes les images
  • Le contrôle de l’ouverture et du zoom depuis les bagues de l’objectif est un régal
  • L’appareil a le Wifi c’est cool
  • L’autonomie générale est assez faible et une deuxième batterie avec un chargeur externe sont indispensables
  • Pour le prix, on commence à avoir de bonnes configurations en reflex et hybrides

Sommaire du test :

Le mot de la fin

Comme il est désormais coutume dans les tests sur Pixelistes, le testeur donne un avis 100% subjectif. Un avis qui n’est pas à prendre comme la sage parole (mais vous pouvez le faire quand même, ce n’est pas interdit) 😀

Bon, j’ai bien aimé ce RX10. Je l’ai trouvé remarquable, je pense que c’est le mot. Mais pour un tel encombrement, je n’hésite pas une seule seconde à passer au reflex. Le « tout en un » est une fausse illusion de praticité. Au final, on embarque ses cartes mémoires, sa sacoche de transport, son chargeur, ses batteries de rechange, et éventuellement ses filtres. Et puis, il n’est pas simple à utiliser ce RX10.
Malgré cela, mon frère (qui a servi de modèle pour le portrait dans le test, merci à lui) a adoré. Il a flashé dessus, et si sa banque n’était pas entre lui et le RX10, il serait déjà sien. Pourtant il se fiche du jargon technique, des réglages poussés. Pour lui, l’ouverture c’est quand on enlève le cache de l’appareil. Il n’a aucune connaissance en photo et ne souhaite pas s’y mettre comme nous autres passionnés.

Du coup, je me trompe peut être totalement avec ce test (ce qui m’embêterait vu le temps passé à l’écrire). Le RX10 est peut être un excellent moyen pour s’initier à la photo. D’ailleurs quand on y pense, le capteur, l’optique, la visée, c’est vrai qu’on y trouve de quoi se lancer. Peut être que c’est justement tout le reste qui effraie les gens. Les prises de têtes pour savoir quel objectif acheter, les comparatifs de courbes, de mires. C’est vrai que si l’on prend un peu de recul, c’est angoissant, on hésite tout le temps et on n’avance jamais.
Et puis vous avez vu la quantité de reflex pour amateurs qu’il y a sur le marché ? Comment s’y retrouver ?Au moins avec le RX10, les acheteurs peuvent se dire qu’ils ont un tout en un efficace. Pas besoin de savoir quel objectif utiliser, combien l’acheter, où l’acheter, quand le changer. On prend l’appareil et on shoote. Les compromis sont à faire en dépit des 1200€, mais dans la vie, tout n’est-il pas qu’une simple question de compromis ? C’est sur cette phrase digne d’un sujet de bac de philo que l’on se quitte.

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