« Oyé, oyé braves gens ! Venez donc découvrir la bête. Ce gros monstre que je dompte du bout de l’index va vous éblouir. Cinq kilos, oui, cinq kilos de potentiel d’imagerie numérique. Admirer la puissance, admirer la rapidité et admirer la qualité de mes prothèses lombaires. »
L’activité photographique professionnelle peut se classer en deux catégories ceux qui ont les pistolets chargés, et ceux qui creusent :

  • Les photographes qui utilisent leur matériel DEVANT le client.
  • Les photographes dont les clients voient uniquement les clichés livrés.

Dans la première catégorie, l’aspect du matériel compte. Plus le matériel est gros, plus le client sera persuadé que les images produites seront exceptionnelles. Dans la philosophie du : « Oh mais c’est énorme ce que vous nous montrez là ! ». Le photographe n’est donc pas libre de ce qu’il utilise. Parmi ces clients, on trouve les photographes d’événements, ceux qui travaillent en studio, etc.
Dans la seconde en revanche, c’est autre chose. Un appareil photo étant un outil, l’idéal est de choisir le plus approprié. Dès lors, on commence à repenser les besoins : compacité, légèreté, rapidité de déclenchement, ergonomie, robustesse, etc.

C’est à cette catégorie de photographes qu’Olympus a pensé en concevant l’OM-D EM1. C’est eux qui nous l’ont dit, et c’est ce que nous allons voir.

Look « vintage », en noir et blanc, avec la peau moite pour plus de sensualité

Ergonomie : ça fait travailler l’hémisphère droit

La marque a eu la bonne idée de demander aux photographes ce qu’ils désiraient corriger sur l’EM5 pour en faire un parfait outil. Elle a aussi eu la bonne idée de faire un tri rigoureux des réponses obtenues. Aussi, l’EM1 se veut être plus abouti que l’EM5. Plus ergonomique, plus robuste, plus rapide, plus performant, plus adapté et plus… personnalisable. Pas moins de 14 touches paramètrables. Un levier à deux positions permet de passer à 28.
Bon, on gardera la touche directionnelle pour sélectionner le collimateur actif, la touche REC mal placée ne servira pas à l’enregistrement vidéo (mais à la gestion des ISO par exemple), les touches à double fonction AF/mesure d’expo et cadence/tempo resteront telles quelles. On évitera aussi d’activer le levier, de peur de s’y perdre, au début surtout. Concrètement, cela fait cinq touches personnalisables. Ce qui n’est pas mal. On laissera aussi la touche OK permettre l’accès direct au menu rapide.
Et… voilà le problème de l’EM1. On finit par s’y perdre. C’est le revers de la médaille. Un boitier pratique est un boitier personnalisable. Mais le connaitre sur le bout des doigts va demander un certain temps d’adaptation d’au moins cinq à six cents clichés. L’hémisphère droit de notre cerveau qui s’occupe de l’habileté spatiale va avoir du boulot. Placer vos doigts pour effectuer tel réglage ou telle action par reflex demandera donc un peu d’entrainement. Mais une fois en main, c’est un compagnon redoutable. Un mal pour un bien.

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Les Menus : passez votre commande

En effet, les menus sont superbes. Très graphiques, très lisibles et plutôt bien organisés. Ils nécessitent encore une fois d’y passer du temps. La touche info permet d’afficher les bulles d’aide à la configuration. Tout est paramétrable jusqu’au niveau d’alerte de batterie faible ! Encore une fois, cet appareil n’est pas un jouet. Il n’est pas non plus destiné aux débutants. Seuls les amateurs avertis sauront apprécier à sa juste valeur cette personnalisation poussée. Et n’y voyez aucun pédantisme. C’est simplement qu’il est plus aisé de savoir à quoi correspond une touche lorsque la fonction est écrite dessus (ou en dessous). Ici, ce n’est pas le cas, les touches étant personnalisables, vous devrez vous souvenir à quoi vous les avez attribuées. Et c’est assez paradoxale d’ailleurs. Cet appareil est destiné à la photo sur le vif, le shoot rapide, la photo de reportage. Il est conçu pour qu’on puisse capturer cet instant éphémère au moment où il se produit. Or, avec ce système de personnalisation, on ne peut pas se permettre d’hésiter à appuyer sur une touche et encore moins se tromper. Car si sur un appareil classique, un simple coup d’œil fait disparaitre le doute, sur cet appareil, il faudra appuyer sur la touche…

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Une visée digne de Robocop

On vit une époque assez impressionnante tant la miniaturisation des éléments est parfois poussée à l’extrême. Pourtant, dans le domaine photographique, il y a une limite à ne pas franchir, faute de quoi, la prise en mains ne vous permettra plus de photographier dans un confort optimal. Olympus a donc cherché le parfait compromis entre compacité, poids et agrément de prise en mains. En extérieur, une fois ses repères trouvés, on enchaine les shoots sans se poser de questions. Le large viseur électronique est le meilleur que j’ai pu tester à ce jour. Il n’a pas ce côté agréable d’un viseur optique, mais en condition de très faible lumière, il permet, notamment grâce à l’intensification (nommée également focus peaking) de réaliser une mise au point à la main à très grande ouverture. Et si la surveillance de la zone de netteté ne suffit pas, un zoom sur cette zone est possible. Ajoutez la possibilité de passer de la visée via l’EVF (viseur électronique) à la visée sur écran tactile orientable en moins d’une seconde, et vous n’aurez plus aucune excuse pour rater un cadrage.

Voici ce qu'on peut avoir dans le viseur. Ne vous fiez pas au pixels, dites vous que la définition est équivalente à celle de votre TV dans une surface réduite, et surtout, la taille est équivalente à celle qu'on peut trouver dans un Canon 1Dx ou Nikon D4.Voici ce qu’on peut avoir dans le viseur. Ne vous fiez pas au pixels visibles sur l’image, dites vous que la définition est équivalente à celle de votre TV dans une surface 50 fois plus réduite, et surtout, que la taille est équivalente à celle qu’on peut trouver dans un Canon 1Dx ou Nikon D4. Le viseur adapte sa luminosité à la lumière ambiante quasi instantanément.

Un Wifi facile à utiliser et ludique !

Les tentatives d’intégrer le Wifi aux appareils photo sont encore trop peu nombreuses et surtout, aucun constructeur n’avait réussi à rendre la liaison entre un smartphone (ou une tablette) et son appareil aussi facile à configurer (et ludique). Le coup de la liaison via QR code est simplement EXTRA.

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L’EM1 a très bien fonctionné avec les Cactus V5, système pour flash déporté, ce qui laisse présager des utilisations dingues. Imaginez pour des prises de vue mobiles sur véhicules, avec déclenchement depuis un iPad. Bref, un point très important, d’autant que la synchro flash va jusqu’à 1/320s.

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Une vue de l’écran de la tablette (oui ça pixellise pas mal)

Le résultat (cliquez pour agrandir) :

 

A-U-T-O-F-O-C-U-S

ll y a des choses fausses qui restent ancrées dans les esprits et qu’on peine à faire partir : la couleur rouge excite les taureaux, l’alcool réchauffe le corps, le chocolat est aphrodisiaque et… les autofocus des appareils sans miroir sont lents. Pour cette dernière, il y a quand même beaucoup de vrai. À tel point que sur certains modèles, vous pouvez presque lire un livre en attendant que la mise au point se fasse. Sur ce coup, je ne sais pas comment Olympus s’est débrouillé mais ça marche bien ! Enfin si je le sais, mais c’est long à expliquer. Le fait est que le système fait la mise au point très rapidement dans toutes les situations. Ou presque. Le système fonctionne par détection de phases et détection de contraste. Le hic, sur une scène fixe faiblement contrastée, ça met un peu de temps. Mais ça fait mouche 9 fois sur 10.
Autres éléments très intéressants : les modes d’autofocus proposés. Vous avez :
AF simple (mise au point, bloquée tant que le déclencheur est enfoncé à mi-course) : on utilise souvent ce mode pour faire la mise au point, décaler le cadrage et prendre la photo. Vous ne l’utiliserez jamais.
AF continu : le même en continu, il suit un point. Pareil, inutile.
Manuel : comme pour les travaux, c’est à l’huile de coude. Très utile avec les objectifs manuels à l’ancienne (logique).
Simple + MF : à l’autofocus vous ajoutez la retouche du point.
AF Action : franchement énorme. Je m’explique avant de passer pour un malade. Ce mode permet de choisir n’importe quel point de l’écran (ou collimateur sur toute la surface du viseur) et de le suivre, peut importe la vitesse ou la façon dont vous bouger. Très pratique lorsque le sujet vient vers vous. On connaissait ça chez Nikon avec le suivi 3D, mais aucun appareil hybride ne propose ce système avec une telle efficacité.

Galerie d’images

Les images vont de 200 à 12800 ISO, toutes prises au 12-40mm f/2.8 Zuiko !

Conclusion : tu bosserais avec un EM1 toi ?

C’est ce que je me suis demandé… (Ok, je développe un peu.)
Le mois de décembre : le froid, les lumières, la nuit qui tombe plus vite que la côté de popularité d’un bloggueur, les gens qui s’activent dans la rue pour terminer d’acheter les cadeaux comme des fourmis devant les restes d’une chouquette, bref, tout ce qu’il me fallait pour tester l’engin. Résultat, le viseur est vraiment excellent, on trouve ses repères assez vite. Le déclenchement est rapide. L’autofocus est particulier : il fait mouche presque à chaque fois, et permet de bloquer la mise au point sur un sujet mobile tout en changeant de cadrage. Le format est idéal surtout avec le grip en dessous, mais l’arrête à l’arrière droit est trop marquée et appuie sur la paume de la main droite. Elle gagnerait à avoir un congé plus important. Le passage du viseur à l’écran et de l’écran au viseur est très rapide et on ne remarque pas la transition.
Maintenant, est-ce que je bosserais avec ? En partie seulement. J’ai eu l’occasion d’utiliser des boitiers monoblocs, et si cet EM1 est impressionnant, il n’arrive pas encore à leur niveau en terme d’efficacité.
D’un autre côté, le kit EM1 équipé du 12-40 F/2.8 coûte 2400€, soit moins que la moitié d’un boitier monobloc nu.
Côté poids c’est pareil : le 1DX équipé d’un 24-70 2.8 L II pèse 2145g, l’EM1 équipé du 12-40 F/2.8 pèse 780g.
Du coup, l’EM1 ne boxe pas dans la même catégorie. Il permet la même résistance, une grande souplesse pour photographier, mais a cette particularité de ne pas convenir à tout le monde.

Reste un détail important : la profondeur de champs. Si le plein format permet une dégradation très subtile de la zone passant du net au flou, cette dégradation qui permet de réaliser ces images qui arrachent la rétine (c’est une image) et vous permettent de passer pour « quelqu’un qui a un vrai don quoi » aux yeux du peuple, il faut fermer pas mal pour obtenir assez de netteté hors de la zone de mise au point à l’infinie. Pour le capteur 4/3 (et donc celui de l’EM1), c’est l’inverse. Le dégradé net/flou n’est pas des plus beaux. Mais, les focales sont multipliées par deux ET ça permet d’avoir des arrières plans nets sans fermer à F/8 ou F/11.
Et comme un exemple vaut mieux qu’un long discours, voici deux photos prises à 12mm; respectivement à f/2.8 et F/8.0 :

note 09

Si vous avez eu la flemme de lire tout le test :

  • La résistance du boitier aux grosses pluies, à la poussière, au froid, au gel, à la chaleur va au delà des petites icônes qui attisent vos sens d’acheteurs compulsifs.
  • Le viseur électronique marque un vrai progrès et a de réels avantages sur un viseur optique…
  • … mais il n’offre toujours pas le même plaisir.
  • Le design est assez ergonomique, mais quelques arrondis ne lui feraient pas de mal (le vintage ça commence à être trop mainstream et ça fait mettre trop d’anglais dans les phrases).
  • C’est le top pour le photo reportage. De quoi travailler pour léger et pas (trop) cher.
  • Le 12-40mm F/2.8 Zuiko : prenez la gamme ZE/ZF de Zeiss, mettez y de quoi protéger des intrusions d’eau (même par torrent) et enlever des kilos superflus. Il arrache dès F/2.8. Ah ouais, et il a l’auto focus et une touche programmable aussi…
  • Un combo équivalent 24-80 F/2.8 : 780g et 2400€, ça ne plaira pas à votre Kiné.
  • Trop de touches personnalisables tue la personnalisation. Et tuer c’est mal.
  • Le système de levier permet d’avoir deux configurations à portée de pouces, c’est pas idiot.
  • 3200 ISO => OK, 6400 ISO => OK, 12800 ISO => pas OK
  • Un autofocus utilisable sur un hybride ! Le monde change mes enfants, le monde change.
  • Un flash ça peut sauver une photo, un job, une famille, des vies, une génération et donc l’histoire. Pas de flash intégré, ni fourni dans la boite.
  • Des filtres pas mal mais d’autres qui font flipper quand même.
  • L’hybride le plus abouti du marché à l’heure de rédaction du test.
  • Des photographes de l’agence Magnum bossent avec, mais bosser avec ne vous donnera pas le talent des photographes de Magnum.
  • Un écran inclinable c’est bien, mais pourquoi pas un écran orientable ?
  • On peut enfoncer des clous avec, mais ce n’est pas fait pour.

Mot de la fin :

Je pensais honnêtement que le capteur 4/3 peinerait à délivrer une qualité potable à 3200 ISO. Là, on peut aller à 6400 sans problème et si besoin, les 12800 restent exploitables. Franchement c’est fou ! De quoi peut-on avoir encore besoin ? Je veux dire, 6400 ISO permettent de capturer des images pas dégueu dans une rue sombre, éclairée par un petit lampadaire, ou dans une pièce éclairée par une bougie.À moins de vouloir choper des coyotes en plein course, en pleine nuit, au milieu du désert, on aura du mal à avoir besoin de plus. Bref, l’EM1 est bien un outil pro. Un boitier bien costaud sur lequel on peut compter. C’est comme si Range Rover sortait un 4×4 de folie de la taille d’une Smart. Il répond à pas mal de besoins, mais ne peut pas TOUT couvrir. Et c’est normal! Vous avez bien plusieurs types d’outils chez vous ? Et bien pour la photo, c’est pareil. Si je ne me vois pas faire des portraits artistiques et doux avec, pour la photo urbaines, extra urbaine et d’action, j’avoue que j’aurais du mal à prendre quelque chose de plus gros. Dernière chose (car ça commence à faire long). Vous avez remarqué les opérations qu’on a eu avec Olympus. J’avoue que j’ai eu du mal à faire ce test derrière. Je ne voulais pas que vous pensiez que j’ai pu toucher quelques deniers pour en dire du bien. Je ne voulais pas que vous le pensiez parce que JE N’AI RIEN TOUCHÉ (pas un cent, rien, nada, niet, que dalle) ! C’est juste que ce produit est bon. On peut relever quelques défauts à droite à gauche, mais si vous cherchez un appareil facile à transporter, efficace et que la visée électronique ne vous file pas d’ulcère, alors c’est aujourd’hui le meilleur choix qui s’offre à vous. Ah, et prenez le kit avec le 12-40mm. C’est cher, mais un objectif 100% métal tropicalisé c’est rare de nos jours.

©Pixelistes