Le X100s est vendu comme l’appareil du reporter passionné. Cela va du look rétro aux commandes à molette, en passant par la visée et la qualité d’image. Mais c’est son format compact et sa légèreté qui sont ses principaux atouts. Moins effrayant et bruyant qu’un reflex, le X100s permet de briser la pellicule de glace existant entre le photographe et son sujet. Et c’est un détail qui prend toute son importance lorsque l’on est face à des personnes. La marque Fujifilm a t-elle réussi à créer l’appareil parfait du reporter ? C’est ce que nous allons voir.

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Design : le coeur a ses faiblesses que la nostalgie attise

Si le X100 a autant marqué les esprits, c’est avant tout pour son côté rétro. Présenté sur le net plusieurs mois avant sa mise en production, son design a conquis tout le monde, car le X100S est beau, d’une beauté universelle et incontestable.

fuji-x100s-design-28Le design très rétro est trahit par le viseur électronique, et l’écran arrière, preuve que les anachronismes esthétiques peuvent fonctionner

Fujifilm n’a pas été idiot. Le rétro est à la mode. Le charme de la photo passe par le design de l’appareil. Et les boîtiers modernes sexy ne courent pas les rues, exception faite de Leica. C’est là que Fujifilm a fait fort. Le design du boîtier japonais ressemble fortement à celui de son cousin allemand, en moins cher.

fuji-x100s-design-2935mm f/2, le pied !

Donc on fait le bilan : molettes, look rétro, ergonomie rétro, compacité, légerté, focale 35mm appréciée et polyvalente, et viseur optique faisant penser au télémétrique. BINGO ! Et on ne boudera pas notre plaisir.

fuji-x100s-design-31Le contrôle d’ouverture via la bague est très agréable, le focus manuel affichera une échelle des distances dans le viseur pour aider, mais la bague électronique n’a pas de butée

fuji-x100s-design-24Le « S » symobilise cette deuxième version du X100. La principale nouveauté vient du capteur X-Trans dernière génération de très haut niveau !

fuji-x100s-design-37La fameuse bascule qui permet de transformer le viseur optique en viseur électronique

fuji-x100s-design-38Le boîtier est fabriqué au Japon, une mention qui renforce l’aspect premium du produit et rassure certains consommateurs

Un compact expert pour débutants ?

Non. C’est un fait, ce X100s nécessite des bases en photo. Des bases solides. La focale de 35mm est un régal certes, encore faut-il savoir s’en servir. Légèrement déformante, elle permet de réaliser par exemple, de nombreux types de portraits. Du déformé marquant un trait de caractère, au plus classique révélant un contexte.

fuji-x100s-sample-2Les gros plans au 35mm donnent cet effet légèrement déformé et qu’on retrouve sur beaucoup de photos de reportages

Le X100s demande également une certaine pratique, afin de savoir exactement ce que donnera la profondeur de champs au moment du shoot. Et oui, avec le viseur optique, on n’a aucune information sur la PDC. On râle un peu sur l’imprécision du viseur optique, qui cadre plus large que les bords du rectangle guide. Cette imprécision disparaît lorsqu’on passe en viseur électronique.

fuji-x100s-design-11Le viseur optique procure un plaisir indéniable, mais il faut faire avec une certaine imprécision

Les commandes sont un réel plaisir, mais les modes ne sont pas explicitement indiqués, comme ils le sont sur un reflex. Il faudra passer les commandes sur « A » pour les assigner en mode auto. Ce qui sera agréable pour le photographe sera destabilisant pour le débutant. Attention, on parle de photographe averti, expert. La qualité des clichés n’a rien à voir. Il faut savoir faire la distinction. La qualité d’un cliché n’est pas liée à la compétence technique du photographe.

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La réactivité de l’autofocus fait défaut à l’appareil. Il faudra anticiper un minimum pour ne pas manquer un cliché pris sur le vif. Fuji a réussi un joli tour de force en plaçant des commandes à molettes exploitables et franchement kiffantes à utiliser sur un appareil numérique.

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En revanche, le pad autour de la molette à l’arrière jure avec le reste de la finition. Imprécis, doté d’un jeu conséquent, et fabriqué dans un plastique tout droit sorti des usines Kinder, c’est le maillon faible de l’appareil. Malheureusement, il faut passer par lui pour effectuer certains réglages.

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Enfin, les menus sont complexes. Leur organisation n’est pas des plus simples et on s’y perd facilement. La touche Q, située à l’arrière de l’appareil (affichant un menu rapide et personnalisable) permettra de s’en passer 80% du temps. Rien d’alarmant donc, mais des progrès restent à faire. Principalement à la vue de ce que fait la concurrence.

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Bref, le X100s nécessite certaines connaissances techniques et pratiques de la photo pour être apprécié, et demandera une petite phase d’adaptation pour bien le maîtriser.

Post production ? Presque inutile!

Fuji a réussi à développer de super algorithmes de traitement. La prouesse de la marque, d’avoir pu donner une vie numérique à leurs anciennes pellicules, ravira le nostalgique du film. On pourra également modifier les rendus existants et en créer de nouveaux. La dynamique du capteur permet à l’appareil d’équilibrer les scènes fortement contrastées.

fuji-x100s-sampleLe fichier RAW traité sous Lightroom (cliquez pour agrandir)

sample Fuji X100sLa même image prise par le boîtier en JPG avec le rendu Velvia

Avec tout ça, on n’est plus obligé de passer en post-production. Beaucoup de photographes utilisant les boîtiers de la marque avouent d’ailleurs ne pas ou peu passer par une phase de traitement.

Et en reportage ça donne quoi ?

Ça donne du très bon. La focale 35mm est un vrai délice mais nécessitera d’être proche de ses sujets. Une expérience difficile et enrichissante qui aboutit forcément à des clichés intéressants. Bref, une philosophie à l’opposé des shoots aux téléobjectifs. Mais faire de la photo de rue au télé c’est comme manger du foie gras sur une chips tortilla, plonger dans l’eau en basket, ou bosser en vacances. C’est contre nature.

fuji-x100s-sample-4Exemple d’une photo à 6400 ISO. La focale de 35mm permet d’obtenir une restitution du contexte, tout en offrant une place importante au sujet

Je reviens sur la lenteur de l’autofocus, pénalisante dans certaines situations. On pensera alors à un focus manuel. Sauf que la bague électronique, malgré son échelle des distances, possède une course trop longue. On n’a pas la réactivité d’une bonne bague mécanique. Il faudra par conséquent anticiper un peu plus qu’avec un reflex. Pour le reste, ce sera à vous de vous bouger, de vous creuser la tête, et de déclencher au moment opportun.

Un 35mm F/2 très crêmeux à pleine ouverture

À pleine ouverture, l’objectif équivalent à un 35mm du X100s a été qualifié de mou. Je ne suis pas d’accord. Le mot adéquat est crémeux. Car on ne manque pas de détails et on obtient une image douce. C’est un avantage. Dès f/2.8, ça pique et à F4 c’est limite coupant. N’oublions pas que le but de l’appareil est d’offrir, à partir d’une seule focale, une certaine polyvalence.

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Dès qu’on ferme un peu, on gagne en piqué. Néanmoins, c’est surtout la souplesse du capteur qui est à saluer, et la restitution des couleurs de l’objectif.

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Entre ça et un X-T1, tu prendrais quoi ?

Le X-T1. Le 35mm c’est sympa, mais la possibilité de changer d’objectif est un vrai confort. Puis le viseur, certes uniquement électronique, mais tellement bon, est meilleur que celui du X100s.

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Pour ceux qui se posent des questions sur les qualités d’images des deux boîtiers : elles sont identiques. Même capteur, mêmes algorithmes, même dynamique. On passera sur les compléments optiques créés pour le X100S, qui sont à l’opposé même de l’idée du boîtier.

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Quand à la focale, le 23mm f/1.4 (équivalent 35mm) monté sur le X-T1 est largement meilleur que l’équivalent 35mm du X100S et il ouvre à f/1.4.

Côté encombrement en revanche, le X100s est loin devant. Non pas que le X-T1 soit lourd ou volumineux, mais les objectifs, surtout à grande ouvertures, sont gros. Le X100s tient dans une grosse poche ou au creux de la main. C’est ce qui fera la différence entre les deux achats.

fuji-x100s-design-13Un appareil qui tient dans la main, c’est peut être un détail pour vous, mais pour le photographe de rue, ça veut dire beaucoup

Ce que l’on aimerait sur la prochaine version ?

Fujifilm améliore régulièrement ses produits, via de nombreuses mises à jour. Il n’est pas le seul constructeur à faire ça certes, mais il le fait régulièrement, même pour ses anciens modèles. Un respect du client à saluer. C’était un détail que je ne savais pas trop où placer dans le test, mais que je voulais absolument mentionner. Le X100S n’est pas parfait, et voici ce qu’on aimerait pour la prochaine version :

  • La molette arrière à revoir totalement ;
  • une finition moins plastique ;
  • un viseur optique plus fonctionnel ;
  • des menus plus ergonomiques et plus lisibles ;
  • une molette personnalisable permettant de switcher entre les différents rendus ;
  • un autofocus plus rapide (Panasonic y est arrivé) ;
  • un écran orientable (le viseur a ses limites).

 

Conclusion

Le X100s c’est un peu le péché mignon du photographe. Il a plein de petits défauts mais surtout de grosses qualités. La principale étant le plaisir de l’utiliser. Son look est le déclencheur d’une motivation intense pour faire de la photo, de la vraie. Il oblige à se rapprocher des gens, à être au coeur du moment capturé. On n’est alors plus un simple photographe, mais un acteur de l’instant saisi.

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C’est un appareil qui, au prix de quelques efforts, fait progresser radicalement le photographe, en augmentant et intensifiant ses expériences photographiques. Néanmoins, il reste assez exclusif. Malgré sa classification de compact expert, il est plus pointu à utiliser qu’un reflex entrée de gamme par exemple. Il se destine donc principalement aux photographes avertis. Ceux qui ont déjà une bonne expérience photographique et certains bagages techniques.

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