C’est dans la mare assez agitée du zoom grand angle à grande ouverture sur capteur plein format que le constructeur japonais Tamron est venu jeter sa pierre. Entre un 11-24mm Canon hallucinant, un 14-24 mm f/2.8 Nikon qui fait référence et pléthore de 16-35mm, se trouve désormais un 15-30mm f/2.8 coûtant moins cher et apportant la stabilisation en plus.

Design, Poids et Finition

Il est gros cet objo, et pèse son poids : 1090 grammes.

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Comme tous les zooms UGA à grande ouverture couvrant les capteurs 24×36 mm d’ailleurs. La raison vient de la formule optique nécessaire pour éviter les déformations, les aberrations chromatiques et autres effets optiques non désirés. Un kilo est une charge à prendre en considération si vous vous déplacez.
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La fabrication est robuste. La tropicalisation engendre une prolifération de joints de qualité.



La bague de zoom manque de fluidité, contrairement à celle de la mise au point. Pas de quoi s’alarmer non plus.

Le pare-soleil est intégré et doublé : l’un bouge en même temps que l’objectif, l’autre est fixe. Et les deux sont séparés par un joint positionné en amont. Vous pourrez donc zoomer en toute tranquillité sous la pluie.

Enfin, et c’est assez intéressant pour être mentionné : la grosse lentille frontale est traitée contre les traces. Autrement dit, si vous posez vos gros doigts dessus, ou si, lors d’une map trop rapprochée, vous touchez votre sujet, il n’y aura pas de trace sur la lentille. Les légères marques peuvent facilement et rapidement s’effacer avec un petit chiffon de coton (qu’un photographe devrait toujours avoir sur lui).

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Le bouchon tient bien en place et protège efficacement la lentille

Le bouchon tient bien en place et protège efficacement la lentille

La beauté d'un diaphragme à 9 lamelles

La beauté d’un diaphragme à 9 lamelles

Les boutons de sélection pour la MAP et la Stabilisation

Les boutons de sélection pour la MAP et la Stabilisation

Le  pare-soleil intégré est efficace

Le pare-soleil intégré est efficace

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A noter : la lentille frontale bombée ne permet pas d’y monter des filtres. Mais Lee propose une gamme qui s’affranchit partiellement du problème pour le 14-24 mm. Peut-être est-il possible de le monter sur ce 15-30. A voir…

Qualité d’image

Le centre est remarquable dès F/2.8. Il pique sévère, et on se délecte des détails délivrés par la quintessence des capteurs plein format (celui d’un D610 pour le test). Cela vaut pour toutes les focales, de 15 à 30 mm.

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En revanche sur les bords, ce n’est pas la même musique du tout. Ils restent mous, et ce, à toutes les focales. Il faut fermer à f/7.1 pour avoir quelque chose d’acceptable.

L'image au complet 30mm f/5.6

L’image au complet 30mm f/5.6

Le centre bien net

Le centre bien net

Le bord, assez flou

Le bord, assez flou

Il sera donc essentiel de composer avec.
Les déformations liées au grand angle sont remarquablement bien contenues. Ce qui permet des restitutions de scènes larges assez réalistes.

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Sans aller jusqu’à faire des portraits (il ne faut pas exagérer non plus), cet objo permet des gros plans assez réalistes avec, grâce à la largeur de l’angle, une bonne restitution du décor. Très pratique pour les scènes au coeur d’une foule ou pour mettre en avant un geste particulier :

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Utilisation : la stabilisation sur grand angle, argument marketing pour appâter le chaland ou véritable plus photographique ?

Tamron a souhaité offrir la stabilisation à toute sa gamme. Son 15-30 VC ne déroge pas à la règle.
La stabilisation a plusieurs avantages :
– Primo, dans certaines situations délicates entrainant des risques de bouger au moment de la capture (lorsqu’on est à bout de bras par exemple, ou amasser et bousculer dans une foule), elle permet de compenser les chocs.
– Secundo : une stabilisation offre de nouvelles voies créatives, comme shooter à basse vitesse sans trépied. Il en résulte des « petites pauses longues » qui permettent des effets intéressant, voire d’ajouter de la profondeur à certaines scènes.
Malheureusement, cette fois-ci, la stabilisation n’apporte pas grand chose. Le gain ne sera que d’un stop grand maximum à 15mm, et maximum 2 stops à 30 mm. La faute n’est pas imputable à la technologie de Tamron, puisqu’elle fait des merveille sur tout le reste de la gamme.

1/10s f/2.8 à 15 mm, le gain de la stab est minime

1/10s f/2.8 à 15 mm, le gain de la stab est minime

1/10s f/2.8 à 30 mm,le gain de la stab est plus intéressant

1/10s f/2.8 à 30 mm,le gain de la stab est plus intéressant

La raison est simple : passé un certain seuil, la stabilisation ne peut plus agir. Lorsque vous shootez avec une focale de 300mm, la stabilisation permet de gagner presque 4 stops, car les léger écarts provoqués par les tremblements du photographes engendrent de gros écarts sur l’image capturée, écarts liés à la longue focale. Ainsi, en compensant un léger décalage (mouvement) en amont, la stabilisation permet d’en compenser un bien plus grand sur l’image finale. Mais à 15mm, les écarts en amont (ceux du photographe donc) ont un impact faible sur le rendu final. C’est pour cela qu’en dessous de 30 mm, on considère la stabilisation comme peu utile.

Cette stabilisation intégrée au Tamron n’offre donc pas un si grand avantage que ça, mais elle a le mérite d’être présente sans coût supplémentaire. Que ce soit au niveau du poids, du bruit (elle est imperceptible) que sur le prix final de l’objet.

1/8s à 15mm (800 ISO) à bout de bras levés et tendus, ce n'est pass si mal, mais on est déjà très limite.

1/8s à 15mm (800 ISO) à bout de bras levés et tendus, ce n’est pass si mal, mais on est déjà très limite.

1/5s à 15mm, la photo n'est plus nette

1/5s à 15mm, la photo n’est plus nette

Un argument de poids pour la vidéo

Pour la vidéo, ce Tamron est la meilleure option grâce à stabilisation. Si elle est peu efficace en photo, en vidéo, elle apporte un réel plus. Là encore, la raison est simple : en vidéo, l’appareil est souvent attaché à un steadycam ou un support permettant de minimiser les tremblements de l’image. La stabilisation vient renforcer ce contrôle. C’est sur steadycam que cet objectif est génial. Le gain, aussi minime soit-il, a un réel impact. Car contrairement à une photo, une vidéo enchaine les images à une vitesse minimum de 24 par seconde. Notre perception n’est donc pas la même et ces gains sur chaque image mis bout à bout offrent un gros gain final. CQFD

Plaisir Nocturne

C’est probablement son terrain de jeu préféré. Les clichés nocturnes sont vraiment sympa, grâce à un coma (cette trainée autour des points lumineux) bien maitrisé, et un joli bokeh (merci les 9 lamelles). Si vous êtes fans d’astrophoto, vous serez comblés !
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Si vous hésitez avec les Nikon 14-24 mm F/2.8, Nikon 16-35 F4 VR, Canon 16-35mm F/2.8 L II ou l’excellent 16-35 mm F/4 L IS

Pour une utilisation sur pied pour du paysage, les Nikon 14-24 f/2.8 et Canon 16-35 F4 L IS sont préférables, grâce à un meilleur rendu sur les bords, et un piqué plus important.
En revanche, si vous souhaitez réaliser des photoreportages, ce Tamron sera plus intéressant. Il cumule à la fois les avantages d’une ouverture à F/2.8, et en plus y apporte la stabilisation, dont l’effet, aussi minime soit-il, est tout de même réel.
Enfin, côté range, ce Tamron commence plus tôt que les autres versions stabilisées. Seul le Nikon permet un gain en grand angle, mais perd 6mm de range. Une perte importante par rapport au Tamron, même après recadrage. Le problème est en revanche moins grave de l’autre côté. Et oui, le Tamron stop à 30mm. Mais en recadrant, on peut atteindre facilement 35mm.
Pourquoi est-ce plus avatangeux dans le sens 30 mm => 35 mm que dans le sens 24 mm => 30 mm ?
Tout simplement car la différence de cadrage entre 24 mm et 30 mm est plus flagrante, qu’entre 30 mm et 35 mm, notamment à cause de l’effet provoqué par le grand angle.
Ce sera moins joli (quoi qu’avec les définitions des capteurs d’aujourd’hui), mais ça fera le job comme on dit.

Maintenant, si le range n’est pas un souci (les deux vous conviennent), alors la stabilisation fera peut-être pencher la balance. Qualitativement, le rendu du Canon est poil au-dessus (notamment sur les bords). Factuellement, vous ne ferez pas la différence, car à ce niveau, on est dans le chipotage. Le rendu global est très satisfaisant et flate les yeux.

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Un garantie 5 ans c’est mieux que 2, mais…

Un dernier mot sur la garantie. Tamron l’étend à 5 années. Ce qui est le double des autres constructeurs. Même Sigma se limite à 3 ans. Mais… celle-ci est nominative. Tout comme celle proposée par Sigma d’ailleurs.
En effet, après la première année légale de garantie (non nominative) s’ajoute, suite à notre loi sur la Garantie Légale de Conformité, une deuxième année auprès du revendeur. Tamron et Sigma proposent de rallonger cette durée à respectivement 5 et 3 ans au total. Mais celle-ci sera nominative, c’est-à-dire liée à la personne qui se sera enregistrée avec le produit. Et ne comptez pas la garder pour plus tard. En effet, cette garantie doit être souscrite via un enregistrement du produit dans les 30 jours suivant l’achat. C’est aussi un moyen d’éviter les accrocs liés aux multiples mains dans lesquelles sont passés les objectifs. Mais j’ose penser que lorsque l’on investit plus de 1000€ dans un objectif, c’est que l’on en a réellement besoin, même si, il est vrai, que ces derniers peuvent changer. Enfin, cela reste un avantage appréciable et un bon act de la part de Tamron.

Conclusion :

J’avoue que j’étais dubitatif sur le choix du range au départ. Commencer à 15mm pour finir à 30. Je pensais qu’un 14-24mm était plus intéressant. Là encore, tout dépend de l’usage. Mais en reportage, ce range est génial. Moins exclusif que les 11-24 et 14-24, il permet de cadrer large tout en contrôlant les éléments à ajouter dans la scène. Tamron m’avais déjà très agréablement surpris avec son 24-70mm f/2.8 VC (qui est la meilleure solution de zoom de reportage sur FF actuellement). Mais j’avais néanmoins une petite crainte pour un range de ce type. Si la stabilisation n’apporte pas grand chose, elle a le mérite d’être présente, et pourra peut-être faire la différence dans certaines situations.
Tamron l’a joué tout en sobriété avec son 15-30. Il est discret, et bien dessiné. Assez loin des anneaux or ou rouge des autres constructeurs. Il me fait penser au bon Land Rover Defender, que l’on traine dans les pires endroits du monde, que l’on salit, que l’on éreinte, et qui, malgré les années, est toujours là pour faire le boulot. Loin des Porsche Cayenne des villes. Cela ne signifie pas que les autres objectifs ne sont pas capables de faire les mêmes choses. Simplement que, compte tenu de ses aptitudes, il est le plus adapté pour de la photo de terrain.
A titre totalement personnel, la seule chose par laquelle je voudrais le remplacer, ce serait un combo 14mm f/2.8 fixe + 35mm f/1.4. Dans les zooms UGA, c’est pour moi, la solution la plus adaptée (le 11-24 mm L de Canon est dans une catégorie à part).