Le Nikon D3s avait frappé très fort grâce à un coup médiatique plutôt bien orchestré par la marque : Vincent Munier (un excellent photographe spécialisé dans la nature et les animaux) avait réalisé en décembre 2009 tout un reportage en conditions lumineuses difficiles, et publié une série de clichés à 12 800 ISO. Compétence Photo en avait même publié certaines réalisées à 102 400 ISO ! L’intérêt ? Vincent Munier a pu découvrir des comportements chez les ours qu’il n’avait jamais remarqué auparavant, faute de lumière (les ours n’ayant pas de compteur EDF). Et les lecteurs ont pu voir pour la première fois ce que donnaient des tirages de photos réalisées à une sensibilité aussi élevée.

Mais c’était en 2009 et à cette époque, les selfies n’étaient pas encore à la mode, Steve Jobs était vivant, et l’Espagne n’avait pas encore remporté sa première Coupe du Monde de football ! Puis Nikon sorti son D4. Le boîtier n’impressionna pas autant que le D3s, mais s’avèra plus performant, tout en augmentant la densité de pixels du capteur. En tout cas, il était nettement meilleur que son homologue Canon 1D mark IV et cela suffisait jusqu’à…
Jusqu’à ce que Canon frappe un très grand coup, en proposant son EOS 1DX. Un boîtier qui n’a de 1D que le nom. Tout a été changé : design, capteur, performances, menu. C’est une bombe remplie d’innovations de toutes sortes. Nikon se devait de réagir, ce qui a conduit au Nikon D4s (dont nous avions déjà parlé dans un autre article dans lequel se trouvent les menus détaillés).

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Mais nous n’allons pas parler de test. Car un test digne de ce nom, sur un tel boîtier, nécessite plusieurs mois, dans de nombreuses situations, conditions, configurations, avec au final des images révélatrices de ce qu’on a pu réaliser et capturer, grâce à lui.

Pour tester un tel boîtier il faut mouiller le maillot, accompagner Bear Grylls dans ses petites escapades, mettre sa vie en jeu. Bon, j’exagère un peu, mais tester un boîtier comme le D4s sans tout ça, cela reviendrait à faire l’essai de la dernière Lamborghini sur une autoroute à 90 ou dans la circulation parisienne.

Nous allons parler de prise en mains. Et je vous invite à lire la suite, tranquillement. Différents points y sont abordés afin de mieux comprendre la philosophie du boîtier, ses possibilités et ce que ça implique sur la prise de vue, afin de répondre à cette question existentielle et pertinente :

Que faut-il choisir ? Le Nikon D4s, le Canon 1DX, le futur D5 ou alors le menu XL avec supplément salade ?

Sommaire du test :
Au commencement ou presque
Partie 1 : l’appareil
Partie 2 : les photos
Conclusion et mot de la fin

Partie 1 : l’appareil

Du neuf et du vieux

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Côté design, pas d’évolution, si ce n’est l’apparition du port ethernet qui permet un transfert de 180 mb/s. Vous en comprendrez l’utilité en lisant cette petite interview sur Sotchi. En revanche, toujours pas de Wifi intégré. Nikon clame que c’est à cause du châssis du D4s en métal. Il faudrait alors expliquer comment Apple par exemple, a réussi à intégrer le Wifi dans ses ordinateurs eux aussi en métal…

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La rafale progresse et passe à 11 images par seconde en Raw + Jpeg. On n’est pas encore au niveau du Canon 1DX et de ses 14 images par seconde. Mais, comme vous pouvez le constater sur notre video montrant les miroirs des D4s et 1Dx lors des prises de vue en rafale, le Nikon est légèrement moins bruyant que le Canon.

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La batterie progresse également et passe à environ 3000 vues d’autonomie. Là encore, c’est une fourchette aux dents plus écartées que celles du bonheur de Vanessa Paradis, tant l’usage peut varier.

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Le capteur reste à 16 megapixels. Identique à celui du D4 (également repris sur le Df), il est épaulé par le nouveau processeur Expeed 4 qui permet de filmer en Full HD et en 60 images par seconde. C’est léger pour un tel appareil dont le remplacement ne sera effectif que dans deux bonnes années minimum. On aurait aimé avoir du 120 images par seconde en full HD ou encore filmer en 4K. Certains smartphones y arrivent alors pourquoi cet appareil conçu pour capturer des moments très éphémères ne le permet pas ? Filmer en 4K ou en UHD aurait, par exemple, permis de sélectionner certaines images de la vidéo pour obtenir des clichés de presque 9 megapixels (8,3 millions pour l’UHD et 8,85 millions pour la 4K) !

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Mais la vidéo n’est pas le seul point positif à l’arrivée de ce processeur Expeed 4. À vrai dire, Nikon a plutôt concentré ses recherches sur la sensibilité. Désormais, le boîtier peut capturer des images à 409 600 ISO. Bon, c’est un nombre. Dans la réalité, on a du 25 600 ISO exploitable. Et quand on dit exploitable, ça signifie tirage, expo, presse, vente, argent, gloire, célébrité, pouvoir, drogue, et fin tragique.

Sommaire du test :
Au commencement ou presque
Partie 1 : l’appareil
Partie 2 : les photos
Conclusion et mot de la fin

Une approche complexe et datée

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Le système de selection de cadence mécanique est propre à Nikon. C’est l’une des grosses différences avec le 1DX. Pourquoi ? C’est simple : chez Nikon, tout est mécanique (via des molettes ou des boutons) comme la cadence (cf la molette de la photo ci-dessus) : rafale rapide, lente, mode silencieux, ou encore miroir relevé via cette molette. Les sous-options sont en revanche dissimulées dans les menus. Par exemple, la selection de la temporisation avant déclenchement lorsqu’on choisi de lever le miroir (commande Mup) se fait dans les menus. Chez Canon, la sélection est digitale. On peut notamment choisir de déclencher miroir levé, et dans le même temps on peut définir la tempo sans avoir à entrer dans les menus. Si de prime abord, on peut trouver les Nikon plus accessibles, ces différences d’approches et d’interfaces vont clairement en faveur de Canon dès qu’on commence à entrer dans les détails plus poussés, comme l’autofocus.

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Et c’est certainement ce qui fait défaut à ce D4s : ses menus. C’est bien simple, c’est le bordel désordre total. On s’y perd. Paramétrer l’autofocus pour avoir un suivi du sujet en utilisant une zone de 5 collimateurs, en favorisant l’accroche du sujet est une mission. Et une fois le réglage fait, si l’on désire une autre configuration, il faut aller dans le menu AF, et choisir parmi les 12 lignes de réglages différentes. Désolé mais, ce n’est pas parce qu’on est pro ou photographe pro, que l’on se doit de maitriser des menus compliqués pour ce type d’ajustements. Au contraire, il faut aller vite, il faut que ce soit simple. Je pensais que Scott Kelby exagérait un peu sur sa vidéo lorsqu’il expliquait son passage du Nikon D4 au Canon 1Dx. Maintenant que j’ai eu les deux en mains, je comprends mieux. Canon a énormément travaillé l’accessiblité de son boîtier, afin de le rendre paramétrable par le premier photographe venu. Nikon est resté sur ses anciens menus, son ancien module AF, son ancienne interface qui ramène au D700. Hé Nikon, on est en 2014 ! Configurer l’AF d’un Canon 1DX est plus facile que de finir les dix premiers niveaux de Candy Crush Saga. Ce serait cool de rendre vos boîtiers plus simples et plus attrayants à utiliser.

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Le passage de la photo à la vidéo via une simple molette à deux positions est pratique. D’autant que le bouton Liveview permettant la visée sur écran est situé dessus. Mais pourquoi avoir autant limité les capacités vidéo ?

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Des grosses qualités quand même

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On râle, on râle, mais il ne faut pas exagérer, ce Nikon D4S est une bombe. La qualité d’image d’abord est folle. La dynamique remarquable pardonne de grands ratés d’exposition. La montée en ISO (vous allez le voir dans la suite de l’article) donne une nouvelle dimension à la photo nocturne, la forme du boîtier est une vraie réussite : il est plus compact et plus léger que le 1Dx, et son grip offre un confort exceptionnel en portrait comme en paysage. Côté rafale, 11 ou 14 images par seconde, c’est du pareil au même ou presque. En tout cas, c’est plus un argument marketing sur le papier qu’un atout majeur à l’usage.

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Il faudra surtout que la mémoire interne temporaire de l’appareil (le buffer) puisse digérer toutes ces images sans bloquer la prise de vue, et cela passera également par la capacité d’enregistrement de la carte mémoire. À ce propos, le D4s peut manger de la XQD (qui atteint 168 mbs en enregistrement) et de la compact flash. Pour le 1Dx, on reste sur deux emplacements pour compact flash. Le hic : les cartes mémoire XQD ne sont pas données : comptez 390€ pour la 64 Gb.

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La poignée du D4s, identique à celle du D4, épouse parfaitement la main. En mode portrait, une légère extension permet de caler le pouce afin de tenir l’appareil d’une seule main.

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Le système d’éjection des cartes mémoire est également bien pensé. Il suffit de glisser le pouce sous le levier et d’appuyer. Là où le Canon 1DX demande d’ouvrir une trappe. Un détail certes, mais à ce niveau là, le moindre détail compte.

 Partie 2 : Les photos en pleine nuit

On parle, on parle, enfin vous lisez, vous lisez, mais le but d’un appareil photo, c’est de permettre de faire des photos. Que l’appareil coûte 99€ ou 5 999€. Lorsque j’ai utilisé le D4s dans ce petit shooting nocturne, j’ai été bluffé ! À quoi ça sert concrètement de pouvoir shooter à 25 600 ISO ? Disons que ça sert à découvrir une autre facette de la nuit. Les couleurs changent, l’ambiance change, notre perception change. Dans des pays où la lumière est inexistante la nuit, ou dans des situations où une lampe torche serait votre seule source de lumière, ce boîtier permettrait de restituer des images parfaitement lisibles. Et ça, c’est un vrai plus. La première idée qui m’est venue, en voyant la rapidité du boîtier et sa montée en ISO, a été de couvrir les 24 heures du Mans avec. Vous imaginez un peu les images nocturnes que l’on pourrait obtenir ? Des filés bien nets, bien propres, les étriers de freins brûlant éclairant le bas des caisses, les légers reflets sur les carrosseries sublimant le mouvement de vitesse…

Voici une série de photos réalisée la nuit à 25 600 ISO. Cette série a été capturée en RAW + JPEG mais les RAW n’étant pas encore traités par Lightroom, je me suis rabattu sur le traitement des JPEG. Donc dites vous que les images que vous voyez pourraient être encore meilleures.

Quelques unes à 409 600 ISO :

Sommaire du test :
Au commencement ou presque
Partie 1 : l’appareil
Partie 2 : les photos
Conclusion et mot de la fin

Conclusions

Ce Nikon D4s, qui a eu droit à l’annonce de son annonce, est sans surprise.
Il faut dire que depuis le D3s, Nikon ne surprend plus. La marque a certes encore progressé sur le plan de la qualité d’image, avec une maîtrise de la dynamique et des hautes sensibilités qui la place en tête du marché sur ce point. Mais les autres marques ne sont pas loin. Le D4s ajoute une connexion ethernet qui arrive bien tard. À l’apogée de la 4K qui utilise presque 9 mégapixels, les 16 mégapixels limiteront la post-prod. Les menus sont clairement à faire évoluer, comme le module AF dépassé par celui du 1Dx autrement plus efficace et simple à configurer, ou encore les possibilités vidéo très restreintes. Il ne s’agit que d’une évolution du D4, nous ne pouvions pas nous attendre à de grosses révolutions non plus, mais bon, ça fait peu. On a le sentiment que Nikon a fait le minimum syndical pour rester dans la course. Les différences avec le D4 finalement peu nombreuses, éviteront au moins de casser drastiquement la côte de ce dernier sur le marché de l’occasion. Néanmoins, le D4s est une bonne évolution si vous possédez un D3s. Le surplus de pixels, la rafale plus véloce, la batterie de meilleure capacité (2 800 clichés assurés).
Alors qu’aurait-on pu apprécier en plus ?
Un écran tactile aurait été pratique pour la vérification des clichés, le paramétrage plus rapide de certaines commandes ou encore une aide en live view ou en vidéo. On aurait aimé un capteur un peu plus dense, des menus retravaillés (repensés même), un autofocus plus complet, le Wifi, l’USB3. N’oublions pas qu’on parle de 6 499€ !
Pour le reste, c’est un excellent boitier qui s’affranchit de plus de contraintes que vous ne pourriez probablement rencontrer. C’est un outil professionnel efficace et plus léger que son apparence le laisse penser. Mais restera t-il suffisamment intéressant jusqu’à l’arrivée du D5 ?

Le mot de la fin

Le D4s n’est pas un mauvais boîtier, bien au contraire, il est même excellent. Mais, parc optique mis à part, lorsqu’on a essayé le Canon 1Dx et que l’on prend en mains ce Nikon D4s, on a l’impression que chez Nikon, ils ont travaillé avec des œillères. Qu’ils se sont concentrés sur leurs produits, sans faire attention à la concurrence. Le problème, c’est que l’activité de photographe évolue dans le mauvais sens ces dernières années, les budgets diminuent, et un investissement de 5 999€ est difficile à justifier (sauf cas particuliers). Si la marque avait annoncé qu’environ la moitié des acheteurs de boîtiers D »X »  étaient des amateurs, ces boîtiers restent conçus pour répondre à de hautes exigences et survivre à des conditions extrêmes : extrêmes en climat, en lumière, en vitesse de capture, de transfert, en moments à saisir très éphémères. Dans ces cas là, plus le photographe sera à l’aise avec son matériel, plus il sera efficace. Et à ce jour, on est bien plus efficace en 1Dx qu’en D4s.

Sommaire du test :
Au commencement ou presque
Partie 1 : l’appareil
Partie 2 : les photos
Conclusion et mot de la fin