Clic… claque, c’est dans la boîte, ou sur la carte mémoire. Facile vraiment facile. Mais en fait pourquoi faisons-nous des photos ?

De multiples réponses s’offrent à nous.

Souvenirs de familles, de vacances, de voyages, d’événements, en faire une profession, pour passer le temps, c’est tendance, enregistrer ou mémoriser des situations, témoigner, et tant d’autres raisons. Ou simplement parce que nous aimons.
Mais certainement nous cherchons par ce moyen en composant avec notre espace, à développer notre créativité et nous permettre de rêver.

En fait ces réponses classiques ne répondent pas vraiment à ma question.

Mais pourquoi alors, dans l’absolu faisons-nous des photos ?

L’autre jour en observant mon chien gambader dans la campagne, j’ai peut-être eu un élément de réponse. Il suivait des pistes, allait, venait, flairait des odeurs. Et puis tout d’un coup il a levé la patte.
Rien à voir avec ma demande direz-vous ; mais en y pensant bien, peut-être que si. Au-delà d’assouvir un besoin naturel, il laissa sa trace.
Mon chien comme tous les animaux y compris les homos sapiens, a une envie étrange et irrésistible ; celle de laisser des traces. L’Instinct des animaux dits-on.  Que nous les hommes nommons “Nature “ en opposition à “culture“.

Alors, si la photographie quelque part était une trace naturelle ou culturelle de notre passage que nous laisserions à nous-mêmes et aux autres, et surtout à nos descendants ?  Sinon, pourquoi éditerions-nous des albums photographiques de famille, de vacance, des vidéos de nos meilleurs ou pires moments ? La réponse semble simple, même si celle-ci ne nous plaît pas beaucoup. C’est pour les laisser à la disposition de nos descendants, qui pourront les consulter dans le futur. Tout simplement laisser des traces de notre passage.

Si dans le monde de la recherche, de l’industrie ou de l’information la photographie est un instrument de documentation, dans celui de notre évolution personnelle, il veut être surtout un support technique de notre époque pour documenter notre vie. Les sages antiques disaient que la philosophie est l’art de préparer sa mort, mieux encore si nous le faisons par l’intermédiaire de dessins, de statues, de signes, d’écrits ou d’objets.

Depuis le fond des temps, les hommes laissent des quantités d’empreintes et de vestiges de leurs passages. Traces volontaires et involontaires du déroulement de leur vie, de leurs environnements et de leurs croyances religieuses.
Déjà sur les parois des cavernes, nous trouvons les arts pariétaux du paléolithique, les peintures rupestres montrant des animaux, des signes, des outils, des bateaux ou encore des thérianthropes sur les parois de massifs rocheux. C’est à ces moments-là que se sont développés les sens des cultures opposées au naturel, ou l’instinct de l’humanité.
L’histoire de l’art, de la culture, se veut être le témoignage de la nature de nos ancêtres, c’est le propre de la vie de laisser des traces pour témoigner d’un passé et participer de cette manière à l’évolution des espèces et en particulier de la nôtre.

Puis bien plus tard, grâce aux acquis culturels de la préhistoire, des statues et peintures du monde antique,  puis comme une photographie de la vie, se sont développés successivement les arts premiers, les masques et les sculptures mortuaires.
Des siècles encore plus tard, déjà précurseurs inconscients de la photographie qui sera inventée peu après, les vedutisti vénitiens et « Canaletto“ en particulier rechercheront dans la peinture la reproduction parfaite d’un lieu. Et finalement à notre époque apparaissent les photographes et les graffitis du Street Art. Là encore quelque part une histoire de trace.

Les derniers siècles nous fournissent une quantité impressionnante de témoignages de notre passé récent, peinture, sculpture, littérature, musique, science. Surtout ceux des archéologues toujours à la recherche de nos traces antiques et préhistoriques.

Et voilà –enfin je crois- comment par l’intermédiaire de nos appareils-photos, nous laissons quelque part et de manière atavique, nos traces visuelles pour que nos successeurs, puissent consulter nos albums et archives photographiques. Descendants qui seront  curieux de voir qui nous étions, comment nous vivions, comment ceci et cela, et qui diront à leur tour : « C’était le grand-père de mon arrière-grand-père – Te souviens-tu de la fille de tante Jeanne ? Ils passaient leur temps à voyager – et là, le mariage du grand-papa de tonton Daniel ». Exactement comme nous faisons lorsque nous regardons de vieilles images ou peintures du passé.

Alors pourquoi faire de la photographie ? Mais simplement pour laisser dans l’espace temps des traces de notre passage.

Mais attention, car si pour un motif quelconque, internet et l’informatique venait à disparaître, faisons en sorte de laisser à nos chers descendant une trace culturelle et palpable de notre passage.
Dans le cas contraire, nos chiens continueront inexorablement à « lever la patte » en laissant…eux, une trace.

© Pixelistes – Bombedj