Au début, c’est toujours impressionnant un reflex. c’est un peu lourd, un peu voire très cher, et le manuel semble évidemment trop gros. Mais on se dit rapidement je verrai plus tard dans le manuel d’instructions si quelque chose m’échappe. Si quelque chose m’échappe !?
Les premiers déclenchements, le paysage, l’anniversaire, la venue de tata. Puis les premiers clichés sur l’écran apparaissent, les premières vraies photos arrivent par la poste ou sortent de l’imprimante. Le plaisir d’une image, au moins une qui nous plaît, la satisfaction d’un résultat convenable.
En fonction de ses connaissances les photos se construisent, au jour le jour, en cultivant son expérience, ses explorations, son environnement. La ténacité étant le carburant de la réussite, il faut régulièrement approvisionner la démarche de la compréhension. Après un an, deux, cinq ou vingt, l’art de faire rentrer dans le cadre devient une habitude visuelle.

Une seconde peau s’est formée, comme un cal, sous l’index et les yeux ont appris à rebondir toujours en fonction de là où se trouve la lumière. Les visages sont scrutés avec délicatesse mais insistance, la lumière du soir, tant décriée par tout un chacun car insuffisante, devient un rendez-vous et se consomme toujours comme un délice visuel.
Tout doucement, avec discrétion, sans brutalité aucune, si vous n’êtes pas immunisé par l’existence vous risquez de présenter des signes comparables. Vous allez petit à petit avoir de plus en plus de mal à écouter ce que vous entendez en fonction de la lumière qui se trouve devant vos yeux. Votre poignet droit vous fera souffrir de plus en plus car le poids de votre acolyte, lui, ne se réduira pas. Les petits glapissements de joie et de désir que vous produirez en entendant parler d’une ouverture à 1,4 vous fera passer pour un étrange bricoleur dans le meilleur des cas.
Votre course effrénée pour rattraper le monsieur avec le beau chapeau, au milieu des gens qui suivent la visite, vous fera remarquer dans l’assemblée. Vos contorsions pour cadrer au plus juste de vos envies vous fera passer pour quelqu’un d’assez peu soigneux pour ses affaires, voire d’étrange car finalement, au lieu de regarder ce magnifique corridor vous êtes accroupi devant une petite fenêtre à grappiller un rayon de soleil qui rebondit sur un pavé.

L’isolement social sera le résultat de vos conversations qui ne feront pas de vieux os face à vos demandes incompréhensibles en plein milieu de l’apéritif.
« Pourrais-tu te tourner d’un quart de tour pour voir avec la lumière sur tes cheveux…?  » [sic…]
Lentement mais sûrement, vous sentirez en vous, toujours grandissante, cette demande insatiable et immodérée pour la lumière et la prise de vues. L’index frémissant, fermant légèrement l’œil opposé à celui qui se colle sur le viseur, et dans le pire des cas faisant même le bruit du déclencheur. Bon, avec discrétion quand même, sinon cela peut être dangereux, vous risquez une privation de vos libertés assez rapidement !

Le temps passant vous serez peut-être en phase avec votre for intérieur, en phase avec le monde qui vous intéresse, mais attention à ne pas avoir passé trop de temps l’œil derrière le viseur. Attention à ne pas être tout le temps obnubilé par cette lumière tant recherchée.
Car finalement, que serait un photographe sans le monde qui l’entoure ?

En attendant, permettez moi au nom de Pixeliste, de vous souhaiter de bonnes fêtes à tous ! :noel.smileysmiley.com.19:

© Pixelistes – Paskal

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